LE FIPRONIL

LE FIPRONIL

 

Le point de vue scientifique par Jean-François Narbonne :

(Professeur honoraire de Toxicologie, ancien expert auprès de l’ANSES)


L’affaire dites des « œufs contaminés au fipronil » m’intéresse beaucoup puisque j’ai fait partie du groupe d’experts qui ont évalué les risques posés par l’utilisation de cet insecticide dans le cadre des Agences AFSSA / AFSSE (fusionnées aujourd’hui au sein de l’ANSES). D’autre part j’ai été un des experts judiciaires dans un procès relatif à l’exposition des agriculteurs à ce composé par les nuages « bleu » générés par des poussières issues des enrobages de semences au moment des semailles.
L’origine de la « crise »

Oeufs

Mise en contexte :

Pour resituer les évènements à l’origine de la « crise », il suffit de reprendre l’article publié par Sciences et Avenir et l’AFP le 08.08.2017 à 09h13.


« L’affaire des œufs contaminés à l’insecticide fipronil touche la France. Le ministère de l'agriculture a annoncé, lundi 7 août 2017, que treize lots d’œufs contaminés en provenance des Pays-Bas y avaient été livrés entre le 11 et le 26 juillet. Deux établissements de fabrication de produits à base d’œufs, dans la Vienne et en Maine-et-Loire, sont concernés, précise le ministère dans son communiqué. Ce dernier n’était toutefois pas en mesure de dire dans l’immédiat si les produits incriminés s’étaient retrouvés dans le commerce. Une enquête est en cours. Pour l’un des établissements, on parle de 30 000 œufs et pour l’autre de 200 tonnes d’ovoproduits obtenus à partir de l’œuf et de ses composants, une fois qu’on a éliminé la coquille et les membranes, a précisé la porte-parole du ministère de l’agriculture. Les autorités françaises n’ont pas, à ce jour, d’informations de contamination d’œufs en coquille et de viande destinés à la consommation, peut-on lire dans le communiqué du ministère de l’agriculture. Des investigations sont menées dans ces établissements par les services de contrôles du ministère de l’agriculture pour évaluer la situation, les produits concernés et leur destination, et bloquer les produits incriminés à des fins d’analyses». À l'origine de l'affaire il y a des éleveurs néerlandais de volailles. Ces derniers ont fait appel à Chickfriend, une société spécialisée dans l'éradication du pou rouge... qui a employé dans son traitement des volailles du fipronil, une molécule interdite dans le traitement des animaux destinés à la chaîne alimentaire. L'enquête avait ainsi révélé que du produit contaminé au fipronil avait été utilisé dans des élevages allemands, selon un circuit encore obscur, et chaque jour voit gonfler les estimations du nombre d'œufs contaminés dans le pays. Désormais, la France semble également touchée ».


Les éléments de l’évaluation des risques :

Ces données issues de différentes enquêtes permettent de donner des éléments assez précis pour une évaluation des risques. Or c’est justement à des évaluations précises de risques pour l’homme liées à différents scénarii d’exposition, qu’avait procédé le groupe de travail AFSSA/AFSSE « Fipronil » en 2005. Nous allons donc nous servir des éléments contenus dans ce rapport.

Extraits du rapport AFSSA/AFSSE 2005 (à télécharger ici) :

Le fipronil est une substance chimique insecticide dont la mise sur le marché est autorisée depuis 1994 pour lutter contre des ravageurs de cultures, les puces d’animaux familiers, les fourmis, les termites... Elle entrait dans la composition de nombreuses préparations phytosanitaires pour l’agriculture professionnelle ou les jardiniers amateurs, de médicaments vétérinaires ou de biocides à usage domestique ou professionnel. Il s’agit d’une substance dont le mode d’action a été copié sur celui de la nicotine, d’où le nom de néonicotinoïde. Le composé est faiblement soluble dans l’eau, par contre il a une certaine affinité pour les lipides avec un Kow de l’ordre de 3,5 à 4.
Le fipronil a été réévalué en 2004 dans le cadre de la directive 91/414/CEE qui prévoit le réexamen systématique tous les 10 ans de toutes les substances existantes utilisées à des fins phytosanitaires. La France étant le pays rapporteur pour cette substance active.

En raison d’incertitudes sur les risques pour l’environnement, une non-inscription à l’Annexe I (Liste des substances actives dont l’incorporation est autorisée dans les produits phytopharmaceutiques) a été proposée par la France. De plus, les ministres concernés ont saisi l’AFSSA et l’AFSSE afin d'examiner les incertitudes scientifiques sur le risque pour la santé humaine pouvant résulter des expositions au fipronil.
L'exposition potentielle de l’homme au fipronil relève de trois types de sources (les produits phytosanitaires, les biocides et les médicaments vétérinaires) et de 3 types de voies (orale, cutanée et respiratoire selon les produits et leurs modalités d’emploi). Pour la population générale, il faut distinguer l’exposition due :